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Principaux Résultats
Amélioration des connaissances sur les Grands dauphins
Quelle est l’état et l’évolution des populations de Grand dauphin ?
Effectifs des populations
Evolution de la fréquentation des sites
Qu’avons nous appris sur l’écologie du Grand dauphin au cours du Life LINDA ?
Paramètres démographiques
Déplacements
Zones préférentielles
Régime alimentaire
Les attaques des dauphins sur les filets sont–elles liées à des zones préférentielles des Grands dauphins ?

Quelle est l’état et l’évolution des populations de Grand dauphin ?


Effectifs des populations


En Méditerranée, l'espèce était commune jusqu’au milieu du XXème siècle sur les rives nord du bassin occidental. Les années 1940 marquèrent le début d'une forte régression dans cette zone, et le Grand dauphin ne se rencontre plus aujourd'hui en nombre significatif dans le bassin occidental que sur les rives sud de la Méditerranée, les rivages de la mer d’Alboran et la Catalogne, l’archipel toscan, le Golfe du Lion où il semble être de retour depuis la fin des années 90 et autour des grandes îles : Sicile, Baléares, Sardaigne et Corse.

En Corse, trois recensements de la population de Grand dauphin réalisés par le GECEM en 1993, 2000 et 2003 (127-154 ; 153-212 ; 130-173 individus respectivement) suggèrent un effectif de 200 individus environ. Les incertitudes liées à la méthode et aux variations de conditions météorologiques imposent des fourchettes assez larges, mais on peut considérer que la population corse est stable sur cette période.

Dans le cadre du Life LINDA, l’objectif était de suivre à une échelle plus réduite les populations des sites Natura 2000 de Saint-Florent, Galeria, Bonifacio (tableau ci-dessous) au cours de sorties bimensuelles, un rythme que les contraintes météorologiques n’ont pas toujours permis d’atteindre.
Saint-FlorentGaleriaBonifacio
Nombre de sorties996460
Nombre de dauphins858467
Dont bien marqués555421
Recapturés35+525+69+2

Nombre de sorties et nombres de dauphins par site. Les dauphins « bien marqués » sont ceux que l’on est sûr de reconnaître. Les autres sont différenciés au sein d’un groupe donné mais pas assez marqués pour être identifiés à coup sûr dans d’autres circonstances. Les dauphins « recapturés » ont été vus plusieurs fois, soit sur le même site (premier chiffre) et peuvent être considérés comme sédentaires, soit sur un autre site (second chiffre).

Sur Saint-Florent, 85 Grands dauphins ont été identifiés dont 56 « bien marqués » et 40 vus plus d’une fois (35 ont été vus plus d’une fois sur le secteur de Saint-Florent, 5 uniquement sur celui de Galeria). Sur Galeria 85 dauphins ont été observés, dont 54 « bien marqués » et 29 « recaptures » (23 sur la côte occidentale même, 6 sur Saint-Florent). Sur le sud enfin, 67 Grands Dauphins ont été identifiés dont seulement 21 marqués bien photographiés et 11 « recaptures » (10 locales et 1 venant de la côte occidentale).

Au total, 101 dauphins « bien marqués » ont été identifiés sur les sites de Saint-Florent et de Galeria, 8 étant communs entre les deux zones. 2 dauphins de Saint-Florent ont été observés avant le Life dans d’autres secteurs et un de Galeria a été revu dans le sud. Ces données témoignent de la très large utilisation que font les dauphins de ces deux zones arbitrairement distinguées dans l’étude Life. En réalité, les échanges sont si nombreux entre les deux zones, y compris en ce qui concerne des femelles avec leurs jeunes, que l’on doit les considérer comme indifféremment utilisées par un certain nombre de dauphins. 62,4 % des dauphins « bien marqués » identifiés sur l’un ou l’autre de ces deux secteurs a donné lieu à une « recapture » dans cette vaste zone, chiffre qui pourrait être pris comme une approximation du nombre de dauphins sédentaires, soit 64 individus.

Ces résultats démontrent que l’échelle réduite du site Natura 2000 n’est pas pertinente pour suivre l’évolution démographique de la population de Grand dauphin en Corse et que celle-ci doit plutôt être envisagée pour l’ensemble de l’île.

Evolution de la fréquentation des sites


A Saint Florent où l’échantillonnage est le plus conséquent, on peut dégager une tendance concernant la fréquentation du site même si elle n’est pas statistiquement étayée. Elle est négative : pour un nombre de sorties en augmentation pour la dernière saison (23, 16 et 31), le nombre de sorties fructueuses, c’est à dire à l’occasion desquelles des dauphins ont été observés et bien photo-identifiés, est en baisse constante (tableau ci-dessous).
Période
2004-20054731723
2005-20063228616
2006-20072115431

Evolution des observations de Grands dauphins à Saint Florent
Deux causes sont envisagées pour expliquer cette tendance :
  • Le pétardage d’une baleine le 21 mai 2005 en pleine zone d’habitat des Grands dauphins et dans des conditions de mise en œuvre très critiquables (profondeur très insuffisante). Cette opération a été suivie par une très longue période sans observation.

  • La surexploitation des stocks de poissons, mais aucune étude scientifique ne permet d’appuyer cette hypothèse.


A Galeria et à Bonifacio le nombre de sorties réalisées est trop faible pour pouvoir tirer des conclusions sur l’évolution de la fréquentation. Néanmoins la comparaison inter-site des résultats de missions menées à la même période suggère que le site de Galeria est particulièrement fréquenté et important pour l’espèce.

Qu’avons nous appris sur l’écologie du Grand dauphin au cours du Life LINDA ?


Paramètres démographiques


Chez le Grand dauphin, la gestation dure une douzaine de mois, les femelles en âge de procréer (globalement entre 10 et 40 ans) ne donnent naissance qu’à un petit tous les 2 ou 3 ans, voire 3-4 ans.
Durant notre étude, des accouplements n’ont été observés que le 1er mai 2005 et le 17 avril 2007, dans la région de Saint-Florent. Cependant si l’on considère les dates auxquelles des mères ont été vues avec des rejetons de très petite taille, soit environ un an après l’accouplement, la période de reproduction apparaît plutôt centrée sur la période chaude, de mi-juillet à la mi-août. Les données d’échouages de nouveau-nés tempèrent cette vision qui semble trop schématique pour cette espèce très sociale et montre que les accouplements peuvent se produire tout au long de l’année. Treize naissances au moins ont été vérifiées au cours du Life LINDA. Pour la plupart d’entre elles, l’intervalle de 3 ans entre les naissances est confirmé.
L’analyse des observations de mères accompagnées de leurs petits montre le fort intérêt de la région de Galeria, puisque sur les trois années d’étude, pas moins de 15 femelles accompagnées y ont été observées, contre seulement 5 sur la zone de Saint-Florent.

Déplacements


La plupart des Grands dauphins se montrent assez fidèle à un site de prédilection, mais ils sont aussi capables de déplacements rapides sur des distances importantes.
De très nombreux dauphins des Agriate (Saint Florent) y ont été observés à de nombreuses reprises et depuis plus de 10 ans. Le record va à une femelle qui a été photographiée la première fois en 1993, puis revue une dizaine de fois sur le même site et à nouveau identifiée en 2006 et 2007, mais à Galeria cette fois. D’autres dauphins circulent le long de la côte nord occidentale corse et ont été revus à de nombreuses reprises entre la pointe nord du cap corse et la réserve de Scandola (Galeria), sur des intervalles de temps allant de quelques jours à quelques semaines. Un dauphin, connu sous le nom de « Romain » car il fréquente assidûment la ferme aquacole du Golfe d’Ajaccio, a été identifié à Figari, dans le sud de l’île, deux mois plus tard.
Certains enfin sont de grands voyageurs. Trois dauphins clairement identifiés ont créé la surprise en démontrant, chacun de leur côté, leur capacité à rallier le continent et retour. Mais il est encore plus remarquable que ces trois aventuriers aient été observés ensemble au milieu du canal de Corse en juillet 2006. Il pourrait s’agir de mâles qui se regroupent en petites bandes mobiles pour aller disséminer leurs gènes au loin. Leur passage par le canal de corse soutient l’hypothèse selon laquelle ils emprunteraient un itinéraire côtier plutôt que la route directe au-dessus des zones abyssales.
Ces déplacements sont l’occasion pour les dauphins de passer d’un groupe à l’autre, s’associant pour une courte période avec d’autres congénères sans que l’on puisse distinguer de structure ou de liens sociaux stables.

Zones préférentielles


Sur la zone de Saint-Florent, les Grands dauphins ont été observés sur tous les types de milieu, notamment les fonds sableux, qui prédominent presque partout et abritent sa proie favorite, le Merlu blanc. Mais de la superposition de toutes les routes observées se dégagent certains type de fonds préférentiels : roches subaffleurantes entourées de sable ; fond de gravier entouré de roches affleurantes ou de sable. Les affleurements rocheux ponctuels, habitat du Congre, sont très régulièrement visités également. D’une façon générale, il apparaît que le Grand dauphin apprécie les faciès mixtes ou les zones d’interface entre deux milieux, ce qui correspond également aux zones où la diversité et l’abondance des poissons est la plus importante.

Régime alimentaire


Le régime alimentaire des Grands dauphins n’a pas été étudié spécifiquement dans le cadre du Life LINDA, mais il était intéressant de comparer les données de la littérature concernant les proies préférentielles de l’espèce aux données recueillies sur les filets attaqués.
Il est étonnant de constater que les cinq espèces les plus consommées dans les filets des pêcheurs (le rouget Mullus surmuletus, le pageot Pagellus erythrinus, la mostelle Phycis phycis, le Barracuda Sphyraena sphyraena et le Corb Sciaena umbra) n’apparaissent pas, ou de façon très marginale pour le pageot, dans les 1492 proies des 47 contenus stomacaux de Grands dauphins de Méditerranée, y compris quand on se limite aux animaux provenant de Corse.
On peut donc retenir que les espèces favorites des Grands dauphins ne sont pas des espèces à haute valeur commerciale et que les prélèvements réalisés dans les filets traduisent son opportunisme en matière alimentaire mais ne contribuent pas à l’assouvissement des besoins fondamentaux de l’espèce.

Les attaques des dauphins sur les filets sont–elles liées à des zones préférentielles des Grands dauphins ?


La superposition des trajets des Grands dauphins rencontrés lors des trois années de prospection et des attaques sur les filets de pêche calés dans chaque zone d’étude ne montre pas de corrélations entre les zones les plus fréquentées par les dauphins et les secteurs où il y a le plus d’attaques de filets. A Saint Florent par exemple, la zone où l’occupation est la plus uniforme par les dauphins est aussi celle où le pourcentage de filets attaqués est un des plus faible (2% des calées). Réciproquement, c’est dans le secteur où se rencontrent la plus vaste surface attaquée et le plus fort pourcentage de filets attaqués qu’il y a eu le moins d’observations de passage de dauphins.
La conclusion que nous pouvons tirer est que, par la force des choses, les hommes et les cétacés exploitent les zones les plus poissonneuses. Les Grands dauphins sont des prédateurs opportunistes, s’ils trouvent un filet de pêche bien garni, ils vont y prélever de la nourriture, sans pour autant rester cantonnés sur ces zones de pêche.
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