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Interactions entre Grands dauphins et filets de pêche
Limiter les interactions entre dauphins et pêche artisanale
Les interactions entre Grand dauphin et la pêche sont-elles significatives ?
Moyenne
Ces interactions ont-elles un impact sur la production des filets de pêche ?
Rejets liés aux dauphins
Impact de la présence et des attaques des dauphins sur la production des filets
Quel est l’impact de ces interactions sur les filets de pêche ?
Quelles solutions alternatives de pêche pour limiter ces interactions ?
Augmenter la maille des filets
Passer à des calées de 12h plutôt que 24h
Passer aux palangres
Qu’en conclure ?


Limiter les interactions entre dauphins et pêche artisanale


La question des interactions entre le Grand dauphin et la pêche est au cœur du Life LINDA. Pour tenter de répondre de façon satisfaisante à la tension croissante entre la communauté des pêcheurs corse et le Grand dauphin, espèce protégée, il nous fallait aborder ce problème en plusieurs étapes :

  1. Quantifier de façon objective l’importance de ces interactions.

  2. Evaluer l’impact de ces interactions sur les revenus des pêcheurs qu’il s’agisse de la production des filets ou de leur déprédation.

  3. Définir des pratiques alternatives permettant de limiter ces interactions.


Concernant ce dernier point il est important de rappeler que le Life LINDA prévoyait à l’origine de mettre en place des répulsifs acoustiques qui se sont avérés inefficaces. Une étude menée en Corse avant le début du Life l’a clairement démontré, en cohérence avec de nombreux travaux et témoignages sur des expériences similaires.

Les interactions entre Grand dauphin et la pêche sont-elles significatives ?


Pour répondre à cette question 1075 filets ont été étudiés, au cours de 386 sorties en mer durant l’année 2004, impliquant 27 pêcheurs sur quatre prud’homies recouvrant les trois sites d’application du Life LINDA. On peut donc considérer que ces résultats donnent une image assez fiable de l’ampleur du problème.
En moyenne sur la Corse, 11% des filets étudiés ont subit une attaque de dauphins. Cette moyenne masque des variations significatives selon les sites (cf. tableau). A Bonifacio et Galeria d’autres données ont pu être ajoutée en 2005 et 2006 qui donne une moyenne de 13%, peu différente de celle-ci.
Bastia Saint-FlorentBalagne GaleriaAjaccio GaleriaBonifacio BonifacioMoyenne
% Filets10.5%12.7%5.9%*16.7%*11%
% Sorties22.3%26.4%13.9%27.8%*21.5%

Fréquence des attaques sur les 4 prud’homies étudiées. Le site d’application de Galeria est à cheval sur deux prud’homies. * : différence statistiquement significative.
Si le pourcentage de filets attaqués est le plus approprié au plan scientifique pour évaluer les interactions, le pourcentage d’attaques par sorties (un pêcheur peut caler plusieurs filets par sortie) est plus représentative du « ressenti » des pêcheurs et explique davantage le niveau de leur exaspération. De ce point de vue il apparaît que, selon les sites, les pêcheurs ont à subir les attaques de dauphins tous les 4 ou 5 jours de pêche. Cela nous semble significatif et justifier la prise en compte de ces interactions dans la gestion des pêches.
Ce travail a également permis d’identifier certaines variables influençant la fréquence des attaques. Ainsi les attaques sont plus fréquentes :
  • sur les filets à forte production
  • sur les filets à petite maille (maille > 9, 9 est le nombre de nœuds par 25 cm)
  • sur les filets calés entre 25 et 50 mètres

Ces interactions ont-elles un impact sur la production des filets de pêche ?


es résultats qui suivent reposent sur l’analyse des données de 1102 fiches de pêche correspondantes à autant de filets de 500 mètres environ, récoltées au cours de 285 jours d’échantillonnage sur 3 saisons de pêches (2004, 2005, 2006). 85% de l’effort d’échantillonnage s’est porté sur le site de Bonifacio, le reste sur Galeria. Ce jeu de donnée diffère de celui utilisé pour l’évaluation de la fréquence des attaques présentée plus haut limité à l’année 2004.
Dans les résultats présentés ici on appellera « rejets » les poissons retrouvés dans les filets qui sont invendables parce qu’ils ont été abîmées par les dauphins ou par d’autres causes comme les puces, les congres ou les murènes. La mesure utilisée pour l’analyse est la « Capture Par Unité d’Effort » (CPUE), en gramme par pièce de filet de 50 mètres et par jour.

Rejets liés aux dauphins


Les rejets totaux (dauphin, puce et autre) représentent 9% de la CPUE totale parmi lesquels les rejets imputables aux dauphins (« rejets dauphins ») sont de 8% (cf. figure ci-dessous), ce qui représente 0,75 % de la CPUE de tous les filets échantillonnés (attaqués ou non).

Part des rejets dans la CPUE totale
Si l’on considère seulement les filets qui ont été attaqués, les rejets dus aux dauphins représentent 82.1 g/50m/jour, soit 6.4% de la CPUE moyenne de ces filets. Cette valeur représente ce qui reste dans les filets et non pas ce qui a été prélevé par les dauphins. Elle est correspond donc à une sous-estimation.
Parmi les 15 espèces dont les rejets sont attribués aux Grands dauphins, 3 espèces rouget, pageot et mostelle (M. surmuletus, P. erythrinus et P. phycis ) représentent à elles seules 57% des « rejets dauphin ». Ces espèces à haute valeur commerciale sont également les plus ciblées par les pêcheurs, mais elles ne font pas partie du régime alimentaire habituel des Grands dauphins.

Impact de la présence et des attaques des dauphins sur la production des filets


Afin d’étudier les variations de production en présence d’interactions avec le Grand dauphin, nous avons défini deux types d’interactions : la présence de dauphins sur le secteur de pêche et la présence de « rejets dauphins ».
Dans les deux cas nous n’observons pas de chute significative des biomasses capturées en présence d’interactions. Au contraire, on constate une augmentation significative des CPUE lors d’attaques directes ainsi qu’en présence du dauphin sur le site (cf. figures ci-dessous). On a ici une vérification à rebours de l’étude sur la fréquence des attaques qui avait montré que cette dernière était corrélée positivement à la variable « forte production ».

Variations des CPUE selon les deux types d’interactions avec les dauphins (présence sur site, présence rejets).
La réponse à notre question est donc négative. Deux hypothèses peuvent soutenir ce résultat sans qu’il soit possible de trancher en l’état actuel des connaissances :
  • La première serait que les Grands dauphins utilisent les filets comme engin de chasse et rabattent volontairement les poissons dans les filets en les effrayant. Cette hypothèse est étayée par le comportement grégaire des espèces présentant des augmentations significatives en cas d’interactions. Les bancs de Pagellus erythrinus, de Mullus surmuletus ou de Sarda sarda (Pageots, rougets ou bonite) se précipiteraient ainsi dans les mailles des filets, « poussés » par le prédateur.

  • La seconde hypothèse serait qu’hommes et dauphins se retrouvent ensembles sur les sites les plus poissonneux ou les filets sont les plus productifs et que les dauphins profitent de cette opportunité. C’est soutenue par le fait que les filets à petite maille, les plus productifs, sont attaqués préférentiellement par les dauphins alors qu’ils pourraient utiliser tout autant les autres types de maille comme « engin de chasse ». Le choix du filet se ferait donc a posteriori en choisissant les plus fournis en proies adaptée à la morphologie du Grand dauphin qui les avale entière. Des proies de tailles importantes ne sont donc pas ciblées par les dauphins, les filets à grandes mailles capturant ces proies non plus.


Pourcentage d’attaques en fonction de la maille sur les différents engins échantillonnés.

Quel est l’impact de ces interactions sur les filets de pêche ?


Afin d’évaluer la vitesse et l’amplitude des dégradations des filets consécutives aux attaques de dauphins des expérimentations ont été menées sur des filets neufs. Durant la saison 2006, 14 bateaux ont été équipés de filets neufs qui ont été examinés après chaque sortie. En enlevant le poisson, les dauphins arrachent dans le même temps une partie de la nappe centrale des filets qui sont alors très difficile voire impossible à réparer.
Ce suivi s’est appuyé sur une typologie des dégradations basée sur l’expérience et le savoir-faire des scientifiques qui permet de distinguer entre celles liées aux dauphins (appelées « langue » à cause de leur forme), aux congres et murènes ou aux croches sur les rochers.
La taille moyenne des « langues » est de 20 cm². Il a été estimé en accord avec les professionnels que ce trou diminuait de 1 m² la surface « pêchante » du filet.
Une moyenne de 9 trous résulte d’une attaque dauphins, soit 9 m², soit 180 m² en 20 attaques. A ce stade la surface pêchante du filet est réduite d’un quart. Sa production qui a chuté d’un tiers (CPUE=1864.7g/50m/jour pour un filet neuf comparé à 1196.8 g/50m/jour pour un filet usagé) n’est plus suffisante et nécessite son remplacement.
Sur une saison de pêche de 180 jours, on compte en moyenne 35 jours où les filets sont attaqués, ce qui correspond donc à deux filets perdus.

Quelles solutions alternatives de pêche pour limiter ces interactions ?


Trois modes de pêche alternatifs limitant les interactions ont été sélectionnées à partir des tests et d’une évaluation du coût économique du passage à ce nouveau mode :
  • abandonner les mailles de 7 et 9 au profit de la maille de 5 ;
  • pratiquer des calées de 12h plutôt que des calées de 24h ;
  • changer d’engin t passer aux palangres.

Augmenter la maille des filets


Les filets à maille de 7 et 9 (les plus petites) sont les plus attaqués, mais ce sont aussi les plus productifs. La maille de 9 notamment présente des CPUE supérieures aux autres et tout particulièrement pour ce qui concerne le rouget M. surmuletus (8 fois celles de la maille de 7) une espèce ciblée par les pêcheurs et également très appréciée par les dauphins.
Cependant, l’analyse de la rentabilité économique des mailles de 5, 7 et 9 montre (tableau ci-dessous) que si ce sont les mailles de 9 qui pêchent le plus quantitativement, ce sont les filets de maille de 7 qui apparaissent comme étant les plus rentables du point de vue économique.
La maille de 5, dont les CPUE sont de moitié inférieures à la maille de 9 offre une rentabilité économique équivalente car elle capture préférentiellement des espèces à plus forte valeur commerciale (prix de vente moyen de 18,5 €).
En revanche l’abandon de la maille de 7 au profit de la maille de 5 entraîne un manque à gagner de 25 € par filet de 500 m calé par jour de pêche.
Maille de 5Maille de 7Maille 9
CPUE €/50m/jour734,41133,81235,5
CPUE rejets / "Rejets dauphins" (g/50m/j)114,9/3,0139,2/18,7173,7/62,9
Prix de vente moyen 1 kg poisson18,5 €14,2 €11,2 €
Rentabilité en €/50m/jour13,58 €16,11 €13,88 €

Comparaison des paramètres de rentabilité des mailles de 5, 7, 9
La maille de 5 cumule plusieurs avantages :
  • Moins d’attaques : seulement 3 % contre 21% et 10% pour les mailles de 9 et 7.
  • 75 % des captures sont des espèces à haute valeur commerciale.
  • Elle cible des individus adultes, de grandes tailles ce qui va dans le sens d’une meilleure gestion de la ressource halieutique.
  • Elle permet un démaillage plus rapide, ce qui diminue le temps de travail par pièce de filet.

Passer à des calées de 12h plutôt que 24h


A Bonifacio, les filets calés 24h sont significativement plus attaqués que les filets calés 12h. Même si ce n’est plus le cas si l’on regroupe les données des deux sites, il était intéressant d’évaluer les rentabilités comparées de ces deux pratiques.
Il n’y a pas de différence significative entre les CPUE moyennes totales pour un filet calé 12H et un filet calé 24H (1031g/50m/jour contre 1154g/50m/jour). Certaines espèces cependant sont plus capturées sur des calées de 24 h comme le pageot (Pagellus erythrinus) ou le chapon (Scorpaena scrofa), c’est le contraire pour le labre (L. viridis) par exemple.
Les calées de 12h nécessitent deux aller-retour par jour sur le secteur exploité, ce qui entraîne un coût en gasoil multiplié par deux. En considérant les caractéristiques de la flottille et des pratiques de pêche sur le secteur de Bonifacio, ce surcoût est estimé à 20 € de gasoil par jour de pêche, ce qui est considérable ramené à un mois de pêche. Il est plus réaliste de considérer que le passage à des calées de 12 h n’est envisageable que s’il s’accompagne d’un choix de sites de pêche plus proches du port d’attache, ce qui n’est pas toujours possible.

Passer aux palangres


Cet engin, bien que très rentable est peu pratiqué sur les zones d’application du programme Life LINDA. Il représente la stratégie d’évitement la plus efficace avec 0% d’interactions sur les trois années d’échantillonnage et se caractérise par des CPUE de grands individus, n’altérant pas les stocks de juvéniles.
Au cours des deux saisons 2005 et 2006, durant lesquelles nous avons testé cet engin, nous avons estimé la CPUE moyenne à 15,2 Kg pour 100 hameçons, soit un revenu de 219 € par jour. L’investissement en petit matériel nécessaire au passage de pratique de la pêche au filet à celle des palangres est largement rentabilisé sur une saison de pêche. L’achat d’un vire ligne reste l’investissement le plus onéreux. Le véritable coût de ce changement de pratique réside dans une augmentation 2 à 3 heures par jour de la durée du travail. Il s’agit également d’une technique de pêche nécessitant une certaine expérience, exploitant d’autres types de fond que les filets, particulièrement dépendante des conditions météorologiques, ce qui limite l’effort de pêche par rapport aux filets.

Qu’en conclure ?


Il n’y a pas de solutions miracle pour empêcher les Grands dauphins de venir se nourrir occasionnellement dans les filets des pêcheurs. Néanmoins le Life Linda a permis de quantifier l’envergure de ces interactions, de préciser leur impact sur l’activité de pêche et de proposer des pratiques alternatives pouvant les limiter.
Il serait intéressant d’encourager les professionnels de la pêche vers ces pratiques alternatives en utilisant le LIFE Linda, dont les actions et les conclusions ont été reconnues par l’ensemble des parties : institutions, pêcheurs et milieu associatif, comme un soutien à certaines mesures du Fond Européen pour la Pêche permettant une meilleure gestion de la ressource halieutique. Il est important de conserver une diversité des pratiques de pêche et d’éviter une mono pêche au filet trémail de maille de 5 ou un développement trop important des palangriers, qui déséquilibreraient les captures aux détriments des grands carnivores.
On pourrait également encourager une polyactivité combinant pêche et tourisme (observation de cétacés) à la condition que ce dernier soit bien encadré (cf. partie suivante). Le dauphin ne représenterait plus alors un concurrent mais un atout de développement de l’activité de « Pesca tourisme ».
Il convient de souligner l’impact très positif du programme Life Linda sur les relations pêcheurs et dauphins. Le fait que les pêcheurs aient participé activement à notre étude, de les avoir informé régulièrement sur l’état d’avancement de nos résultats, d’avoir pris en considération leurs suggestions et enfin, d’avoir simplement porté de l’attention aux difficultés rencontrées par leur profession, a largement contribué à apaiser les tensions palpables au début de notre étude.
Il est aussi essentiel de rappeler que le Grand dauphin joue un rôle essentiel dans l’écosystème marin en tant que grand prédateur. Toutes perturbations de son mode de vie et de sa biologie entraîneraient un déséquilibre dans le fonctionnement de l’écosystème dont les pêcheurs seraient les premières victimes.
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